1ères pleines lunes

1ères pleines lunes – IX

Sosuke entra dans la pièce immense où quelques membres de la chambre des quarante-six l’attendaient de pied ferme. Il s’avança vers le module rond, dont on venait d’ouvrir la porte, ignorant superbement le public qui s’était agglutiné devant la sphère de l’oubli. Son cœur cognait fort. Il appréhendait ce qu’il traverserait d’ici quelques minutes. Les échos qui lui étaient parvenus parlaient d’une torture sans nom.

Pas qu’il soit particulièrement douillé, mais Sosuke n’aimait pas tellement avoir mal. De toute façon, il ne pourrait pas échapper à ce qui l’attendait. La voix d’un homme se fit entendre flegmatique.

—  Comprenez que nous n’avons aucun problème avec vous ou Kurosaki-kun… Notre décision est la plus sage pour chacun…

Sosuke tourna légèrement son visage et demanda froidement :

—  Alors pourquoi vous sentez-vous le besoin de vous justifier ?

Les spectateurs devinrent pâles et sans ajouter un mot, Sosuke entra dans le dôme et attendit. Un shinigami vint lui demander d’enlever son shihakusho et son haori. Sosuke le fit de mauvaise grâce. Il tendit ses vêtements au shinigami qui le remercia. Un autre vint le rejoindre et lui montra alors le cercle se trouvant au milieu de la pièce.

Un frisson parcourut Aizen en observant l’objet dans lequel il serait bientôt prisonnier. Il monta les marches et se présenta devant la machine. Le shinigami plaça des anneaux autour des chevilles de l’homme pour ensuite, demander à Aizen de tendre les bras. Ce dernier s’exécuta et ses poignets furent encerclés par des menottes métalliques.

Un frisson d’angoisse le parcourut. Il ne s’attendait pas à pareil cérémonial. Le shinigami quitta la plate-forme où maintenant le capitaine de la cinquième division se trouvait enchainé. La porte se referma dans un bruit sourd. Un nouveau frisson glacé parcourut le shinigami qui affichait pourtant un air déterminé.

—  Aizen Taicho… je vous demande de rester calme. Je vais mettre en route le processus. Il a l’air impressionnant, mais vous ne vous rendrez compte de rien d’ici quelques minutes.

—  Si vous le dites… Marmonna Sosuke.

Un nouveau bruit métallique claqua et l’anneau auquel Aizen était attaché monta à mi-hauteur du dôme dans lequel il se trouvait. L’anneau se divisa en deux faisant trembler le shinigami entravé dans une secousse. Puis, une nouvelle division se fit, pour finir par une troisième.

Le cercle de métal qui paraissait si épais était divisé en trois petits anneaux attaché à un axe dans trois direction différentes attendaient de se mettre en route apparemment.

—  Tenez-vous prêt Aizen Taicho… je vais lancer le processus…

—  On est obligé de subir cela ?

—  Vous gardez le sens de l’humour Aizen Taicho, fit le shinigami en poste.

Puis, sans qu’il puisse ajouter quoique ce soit, les anneaux bougèrent en même temps. Un vent frais parcourut la peau dénudée d’Aizen. Sa gorge se noua. Pour la première fois, il se rendit vraiment compte de ce qu’on allait lui imposer comme souffrance. Il ferma les yeux et se promit de se montrer digne dans l’adversité.

Les anneaux continuèrent leurs courses folles de plus en plus vite. Et bientôt, Aizen gémit entre ses dents. Une morsure intense vint s’abattre sur son épaule. Sa chair était en feu. Chaque terminaison nerveuse semblait être sollicitée. L’air était balayé par des bourrasques violentes et semblait chauffer. Dans le dôme quelques heures plus tard, seul le cri déchirant du loup se faisait entendre.

Les hommes de la chambre des quarante-six venaient alterner leurs gardes auprès de la sphère d’où aucun bruit ne s’échappait plus.

—  Cela se passe bien ? Demanda une relève.

—  Apparemment, il faudra prolonger le traitement. Nabari-san nous informe qu’une deuxième morsure a été détectée sur la première…

—  Une deuxième ? Du même loup-garou ?

—  Il semblerait bien…

Tous fixèrent le dôme et la pitié s’inscrivit sur les traits des shinigami présents.

°°0°0°°

Le lendemain en milieu d’après-midi, se fut Kyouraku Shunsui qui se déplaça jusqu’à la douzième division. Le capitaine de la huitième division vint tout d’abord s’entretenir avec Urahara Kisuke. Ce dernier demanda à Hiyori d’aller chercher Ichigo sur le terrain d’entrainement de la division.

–   Je t’ai réservé mon bureau pour toi être tranquille et discuter avec lui.

–   Merci…

Le regard d’Urahara se fit scrutateur sur Kyouraku. Il semblait épuisé. A croire que la situation de Kurosaki le touchait au plus profond de lui-même.

–   Tu vas bien Shunsui ?

–   Je suis assez triste pour ce gosse…

Shunsui releva d’un doigt son chapeau de paille. Sa mine sombre en disait long sur ce qu’il pensait des derniers événements.

–   Et toi ?

–   Moi ? Répéta surpris Kyouraku. Tu veux dire avec mon loup ? Je suis tellement habitué à ce feu intérieur que s’il n’était plus présent, je me demande ce que je deviendrais… et puis, j’ai l’alcool pour oublier et… Jyuu-chan…

La voix de Shunsui se brisa malgré lui en prononçant le non de son ex-mari, preuve s’il en était besoin de la fragilité de sa façade. Urahara fronça les sourcils et demanda sombrement :

–   Si seulement tu pouvais me parler… me dire ce par quoi tu traverses… Je pourrais au moins atténuer…

–   Tu ne peux rien, Kisuke ! Rétorqua abruptement Shunsui qui se redressa, énervé. Tu ne peux rien faire… chuchota t-il comme pour s’excuser. Et ça fait tellement longtemps, que je ne sais plus ce qu’est être normal.

Les mains de l’homme cherchaient dans son shihakusho une flasque qu’il ouvrit avec ses dents. Il s’en servit une rasade, le regard dans le vide. Les yeux cloués vers la fenêtre comme si le paysage était d’une exceptionnelle beauté. Se tournant vers son ami, il déclara doucement :

–   Toutefois, je ne peux pas laisser Ichigo-kun dans cet état. Si au moins pour lui cela peut-être utile, je ferai un effort. Il est trop jeune…

–   Mais trop puissant…

Kyoraku éclata de rire en se souvenant brutalement la façon avec laquelle Kenpachi avait été envoyé valser de l’autre côté de la vallée, comme un vulgaire fétu de paille. Jamais il n’aurait songé  voir un tel spectacle un jour. Il était curieux maintenant de voir à quoi ressemblait l’humain après avoir vu le loup.

Un bref coup à la porte se fit entendre et Urahara rétorqua :

–   Entre Kurosaki-kun !

La porte s’ouvrit et les yeux de Kyouraku devinrent incrédules. Une sorte de crevette entra dans la pièce… quoique moins que Shinji-Hirako-la-crevette mais il était si… mince, si petit… mais lorsqu’il rencontra le regard sombre du jeune homme, il sut qu’il avait à faire à la même personne.

Urahara s’amusa de la réaction du capitaine de la huitième division. Il savait que son ami avait vu Ichigo sous sa forme de loup mais n’avait jamais rencontré sa forme humaine.

–  Ichigo-kun, je te présente Kyouraku Shunsui, capitaine de la huitième division.

–  Enchanté…

–  Je vais vous laisser. Je vais gérer ma division. Si vous me cherchez, je serai au laboratoire…

Aucun des deux hommes ne répondit. Ils se fixaient intensément et Shunsui proposa :

– Installons-nous… Ichigo-kun…

Le jeune homme contourna le bureau et se dirigea dans la salle de repos de son capitaine. Il s’installa sur un des fauteuils sans attendre et désigna celui en face du sien au capitaine de la huitième division.

D’une voix lasse, le roux murmura :

– Ne me sortez pas des platitudes…

– Je n’en ai pas l’intention… Actuellement… Aizen Sosuke se trouve dans la chambre spéciale.

Ichigo avait redressé la tête en entendant le nom de son mari.  Un bref silence suivit ses paroles, puis Shunsui reprit.

– Il doit vivre un enfer… retirer une telle marque est une abomination. Mais, apparemment, la chambre ne veut rien savoir. Donc, Aizen souffre actuellement mais d’ici deux jours, tout sera terminé pour lui. Mais pour vous un long calvaire va débuter. Vous devrez composer avec une douleur physique et morale bien au-delà de tout ce que vous avez subi jusqu’ici. Beaucoup en son mort de folie…

Kyouraku sortit une nouvelle fois sa flasque et avala un peu d’alcool comme s’il composait avec sa propre douleur.

– Votre âme va s’en cesse vous réclamer la présence de votre conjoint. Vous allez vous sentir brûler de l’intérieur car vous ne pourrez pas avoir de rapport physique avec lui également. Vous vous sentirez continuellement déchiré. Vous aurez des sautes d’humeurs, vous vous épuiserez car vous n’aurez plus l’équilibre qu’apporte l’autre et votre énergie spirituelle pourrait s’en trouver modifiée. Votre esprit va peu à peu sombrer dans la folie… à moins que vous ne trouviez quelque chose qui vous permette de tenir…

– Comme l’alcool ? Suggéra Ichigo ironique.

Shunsui leva son flacon et eu un pauvre sourire.

– Comment pourrais-je vivre comme vous ?

– Devenez amis ! Suggéra Shunsui

– Hors de question ! Cracha soudain Ichigo. Sosuke m’appartient et si je le vois chaque jour ma douleur n’en sera que plus grande. Je refuse de le voir. Je refuse de lui parler. Je refuse de souffrir. Je n’ai rien demandé…. Je voulais juste vivre une vie tranquille avec lui. Pourquoi ? Eclata soudain Ichigo en se redressant.

Le jeune homme se mit à marcher nerveusement dans la pièce. L’atmosphère se modifia brutalement. Elle devint électrique et le reiatsu d’Ichigo tangua. Son loup se mit à gigoter furieusement sous la colère. Kyouraku sentit immédiatement le changement dans le reiatsu du roux. La bête allait commencer à vouloir sortir. Shunsui tenta de calmer Ichigo en adoptant une voix douce :

–   Reste calme Ichigo-kun… ne t’énerve pas…

–   C’est facile à dire ! s…

–   Il faut être patient… Je sais que ce n’est pas facile. C’est injuste et cruel pour celui qui reste… Mais les règles sont ainsi…

–   Je refuse ! Hurla Ichigo.

–   Vous n’êtes pas resté longtemps ensemble et…

–   Cela empêche pour autant les sentiments ? Ils peuvent-être moins forts ? Où ils sont peut-être le fruit de mon imagination ? Je…

Le regard d’Ichigo devint fiévreux et lentement le loup se tourna vers Kyouraku menaçant. Son regard de modifia pour prendre cette couleur cognac qui caractérisait sa forme animal. Shunsui déglutit malgré lui. Même sous sa forme humaine le jeune homme dégageait des effluves meurtrières et dangereuses. D’ailleurs, le reiatsu du fukutaicho se libéra créant des volutes pâles atour de son corps.

–    Personne ne peut me comprendre…. Souffla d’une voix rauque le roux.

–    Je comprends Ichigo-kun…

Inconsciemment le loup de Shunsui s’agita et un frisson d’excitation le traversa. Ses doigts s’emparèrent des accoudoirs et ses ongles qu’ils gardaient courts s’allongèrent et se transformèrent en griffes. Kyouraku ne se maitrisait plus, malgré tous ses efforts désespérés depuis quelques minutes.

Ichigo, sentant la transformation du capitaine toujours assis, se mit à grogner sourdement. Ses mains subirent la même transformation que celles de Kyouraku. Shunsui sentait les battements précipités qui accompagnaient le changement d’humain en loup. Il tentait de se raisonner mais la présence agressive d’Ichigo l’empêchait de garder la tête froide.

Vaguement, au loin, le claquement d’une porte et le bruit des pas de Kisuke, reconnaissable grâce au claquement de ses geta, l’informa de l’intrusion du capitaine de la douzième division. Ichigo se rejeta en arrière. Il perdait le contrôle de lui-même. Un hurlement inarticulé monta en lui. Ses griffes tentèrent d’agripper le vide.

La voix de Shunsui lui parvint, modifiée par sa propre transformation :

–    Je… perds le contrôle…. Calme-le ! Je t’en supplie Kisuke…

Ichigo ne voyait rien, ne sentait plus rien d’autre que la douleur déchirante au travers de son corps. Kisuke se tourna vers Ichigo et se précipita vers lui pour le prendre dans ses bras. Le corps raidit par la mobilisation des muscles tétanisés par la transformation physique, incapable de reconnaître celui qui l’enlaçait, Ichigo hurla une nouvelle fois à la mort, longuement.

Kisuke tenait fermement le jeune homme contre lui, lui empêchant de se faire mal. Voyant les difficultés de le tenir debout, Kisuke le fit chuter et le cloua au sol. Toute tentative de magie démoniaque de toute façon échouerait contre un loup, surtout s’il était incontrôlable comme maintenant, le blond utilisa toute sa force physique et plaqua sa bouche contre l’oreille d’Ichigo et lui murmura des mots doux pour le ramener à la raison.

Shunsui sentait les palpitations le quitter et il redevint peu à peu maître de lui. Ses yeux fatigués se posèrent sur le couple étroitement enlacés. Le corps raidit d’Ichigo, était cambré sous celui d’Urahara et le blond le maintenait d’une étreinte ferme, presque violente, serrée autour de la carrure plus mince qui essayait encore de se débattre. Lui ne pouvait pas s’approcher de Kurosaki ou il perdrait le peu de self contrôle qu’il avait réussit à regagner. Un mouvement à la porte lui fit tourner la tête et il croisa le regard d’Hiyori.

–    Alors c’est ça votre enfer ?

Kyouraku sentait la bête bouger en lui à nouveau et un déchirement au fond de lui qu’il avait réprimé depuis des années, déchira sa poitrine. Un hurlement monta en lui, lancinant et puissant de toutes ces décennies d’attente et de souffrance. Shunsui perdit la tête et son reiatsu s’enflamma en longue mèches noires accompagnées quelques secondes plus tard par celui d’Ichigo qui répondit à son appel…

Kisuke hurla des ordres à Hiyori qui regardait le spectacle avec stupéfaction. Elle bondit hors de la pièce. Urahara bondit en arrière, Ichigo se transformait sans pleine lune. Il tourna un visage anxieux vers Kyouraku et vit que l’homme avait intégré sa forme habituelle de loup-garou. Il était comme fou. Son hurlement de rage déchirait l’espace, bientôt rejoint par Ichigo.  Kisuke se cala dans un coin, il était mort ! Il n’avait pas la possibilité de prendre lui-même sa forme de loup.

Les deux loups-garous se faisaient face, furieux, livrés à leurs pulsions et à leur rage. Le loup roux était légèrement plus grand que le noir, pourtant, Shunsui n’avait déjà pas la taille normale d’un loup. Ichigo avait toutefois un thorax plus étroit que celui de Shunsui.

 L’adrénaline monta dans la pièce et un reiatsu noir, fiévreux, empoissonna l’atmosphère.  Après quelques minutes d’observations, les deux bêtes se fondirent dessus.

Kisuke avait bien du mal à dire qui avait le dessus, leurs mouvements étaient tellement rapides. Aucune trace d’humanité n’était visible. Ce qui dénotait du comportement du loup habituel. Il restait toujours quelque chose de la personnalité du shinigami derrière le loup mais ici, c’était totalement exclu qu’il puisse y avoir la moindre part humaine en eux. Ils n’étaient qu’instinct et les violents coups de crocs qu’ils échangeaient et leurs empoignades terrifiantes ne laissaient planer aucun doute quand à leur condition.

Quand Shunsui traversa le mur qui donnait sur la cour extérieure de la douzième division, Kisuke put voir le Soutaicho et les autres capitaines de division en poste. Le capitaine vint se poster sur les ruines du mur et attendit les ordres du Soutaicho.

–    Formez les kekkai !

Les barrières dimensionnelles furent dressées par les nécromanciens. Les loups furent séparés par des barrières solides qui se succédaient en un millefeuille de couches. A l’intérieur les deux loups laissèrent libre court à leur rage en détruisant les barrières les unes derrières les autres. Unohana apparut et bientôt les shinigami prirent leurs positions pour tirer sur les deux loups-garous.

–    Ne les blessez pas !  Ils doivent juste être endormis.

Les dernières barrières s’effondraient et une volée de flèches contenant un tranquillisant s’abattit sur les deux loups-garous. Les deux bêtes malgré la charge voulurent se défendre et s’en prendre au plus proche. Isshin bondit sur son fils et engagea un combat avec lui. Même s’il n’avait aucune chance, il ne laisserait Ichigo pas se faire du mal.

–    Je suis désolé Ichigo…

Le jeune homme dans son esprit engourdit, reconnut son père et retint son coup à la dernière seconde. Il se recula et rejeta la tête en arrière, ses mains se couvrant le visage. La douleur était tellement vive, accablante, d’une beauté cruelle par sa résonnance. Le roux sentait son esprit décrocher et son corps trembler. C’était la fin… Il le voulait que ce le soit.

Dans un mouvement désespéré, il bondit hors de la cour malgré les sorts qui lui étaient lancés. Il vit du coin de l’œil que Shunsui le suivait. Les deux loups se séparèrent et traversèrent à une vitesse folle le Sereitei, voulant rejoindre le Rukongaï.  Mais, le pied d’Ichigo dérapa et il s’affala lourdement sur le sol.

Son esprit se perdit et il sombra dans l’inconscience. Lorsqu’il fut rejoint, il avait retrouvé forme humaine. Son visage était couvert de larmes. Son corps fut respectueusement ramené à l’intérieur de la douzième division par Isshin.

°°0°0°°

Lorsqu’Ichigo ouvrit les yeux, il vit immédiatement qu’il était enfermé. Pas par des barreaux, ni par des entraves, juste dans un bocal, enfermé dans un liquide visqueux et transparent. Il voyait parfaitement ce qui l’entourait. Son regard fut accroché par le corps de Shunsui Kyouraku nu dans le même bocal en face du sien. Son corps flottait et ses longs cheveux détachés formaient comme une méduse autour de lui. Son visage était à moitié caché par un masque.

Ichigo commença à paniquer et il voulut se débattre.  Le jeune homme posa une main devant lui et toucha la surface lisse et glissante. Un mouvement le surpris et il croisa le regard de Kisuke et d’Hiyori.  La tristesse qu’il remarqua lui fit perdre la raison une nouvelle fois. Et son corps se tendit, Ichigo ne vit pas Kisuke prendre le contrôle de ses fonctions et sombra dans l’inconscience.

°°0°0°°

Sosuke se réveilla en ayant l’impression que son corps avait été écrasé par un éboulement de rocher. Son esprit lui semblait confus pour la première fois de sa vie. C’est avec difficulté qu’il porta une main sur sa poitrine et ce simple geste lui arracha un gémissement de douleur. Un bruit de chaise qui racle le sol, lui fit lever les yeux et il rencontra le regard de la fukutaicho de la quatrième division.

Quelques secondes plus tard, Sosuke l’entendait appeler son capitaine. Que faisait-il à la quatrième division et pourquoi est-il dans cet état ?

—    Je suis heureuse de vous revoir parmi nous, Aizen Taicho…

La voix douce d’Unohana lui fit lever les yeux.

—    Qu’est ce que je fais ici ? Sa voix était enrouée.

—    Vous avez eu un combat avec mon mari et… il n’y est pas allé de main morte…

—    Avec Kenpachi Zaraki ?

—    Hai…

—    Et je me trouve ici ?

Le ton incrédule du capitaine de la cinquième division, attestait que pour lui, jamais Kenpachi ne pourrait le vaincre. Aizen fronça les sourcils et tenta de se souvenir.

—    D’après les échos qui nous sont parvenus de votre combat, vous auriez glissé au cours de votre transformation et… Kenpachi en aurait profité pour vous avoir par surprise.

—    Pourquoi ce combat ? Demanda Aizen.

—    Je n’ai nul besoin d’avoir une raison pour mettre une raclée à quelqu’un ! Rétorqua la voix rocailleuse du capitaine de la onzième division.

Les yeux d’Aizen se posèrent sur ce dernier. Les yeux sombres de Kenpachi ne reflétaient pas leur arrogance habituelle lorsqu’il gagnait un combat. Son regard se reporta sur Unohana qui semblait… préoccupée.

Aizen qui avait toujours la main sur son cœur, se mit à gratter sa cage thoracique. Il ferma les yeux et se demanda subitement quel était le mal étrange qui l’atteignait. Cette mélancolie. Quelque chose ou… quelqu’un lui manquait. Quelque chose clochait, c’était certain.

—    Quelque chose ne va pas Aizen Taicho ? Interrogea doucement Unohana.

Ouvrant les yeux à nouveau, Sosuke rétorqua, la mine sombre.

—    Pouvez-vous me dire pourquoi… j’ai l’impression qu’il me manque quelque chose ? J’ai l’impression que je dois me souvenir de quelque chose d’important… C’est agaçant, c’est comme si je l’avais au bout de la langue… Je suis peut-être tombé trop violemment sur la tête… finit par souffler Aizen d’une voix lasse.

Kenpachi et Unohana échangèrent un regard anxieux. Aizen s’était endormis à nouveau et le couple quitta la chambre.

—    Tu vas leur faire ton rapport ? Demanda le capitaine de la onzième division ;

—    Hai…

—    Et ?

—    Le capitaine de la cinquième division a des troubles de la mémoire. Il est persuadé d’être entré en violente collision avec un objet non identifié. Son organisme est parfaitement rétablit et d’ici quelques semaines, il sera à nouveau apte à reprendre ses fonctions !

Kenpachi observa sa femme un long moment en silence. Unohana demanda avec un léger haussement de sourcil.

—    Tu trouves qu’il est trop…

—    Il est parfait ! Ne change rien… T’as encore quelque chose à faire ici ?

—    Non… rien d’urgent…

—    On rentre à la maison ! Yachiru nous attend…

Sans attendre de réponse de sa femme, Zaraki traversa la quatrième division et disparut dans la nuit. Un léger sourire éclairait le visage du médecin qui salua les shinigami en poste pour la nuit.

°°0°0°°

Sosuke observait la cour de sa division. Il venait d’avoir l’autorisation de retourner à son poste. Il était temps, il devenait fou à se reposer. Il venait d’apprendre la mutation de Rose à la division zéro. Il recherchait activement un nouveau capitaine pour la troisième division.

—    Taicho… auriez-vous besoin de quelque chose ?

—    Gin…

—    Hai ?

—    Le poste de capitaine… cela te tenterait ?

Sosuke se tourna vers son fukutaicho dont il vit le sourire s’élargir. Il eut même le droit de voir la couleur pâle des yeux d’Ichimaru.

—    Hum… C’est quelque chose qui ne se refuse pas Taicho…

—    Je proposerai ton nom alors, comme capitaine de la troisième division.

—    C’est un grand honneur que vous me faites… Taicho…

Aizen s’installa sur son siège et son regard devint flou. Ses doigts jouaient nerveusement avec les accoudoirs. Un énième soupir passa ses lèvres.

—    Quelque chose ne va pas Aizen Taicho ?

—    Je n’en sais rien… murmura Sosuke.

—    Vous semblez préoccupé…

Le capitaine se leva dans un mouvement rageur. Lui qui maîtrisait si souvent ses mouvements corporels en était incapable. Depuis qu’il avait quitté la quatrième division, il était impatient. Il se sentait… Son poing s’abattit violemment contre le mur. La jointure de ses phalanges en disaient long sur sa crispation et sa colère.

—    Gin… peux-tu me dire pourquoi… j’ai cette impression de manque ?

—    Pardon ? Le fukutaicho pâlit un peu plus.

Aizen se tourna vers son fukutaicho le poing en sang et demanda d’une voix rauque.

—    Pourquoi ai-je l’impression d’avoir raté quelque chose ? Pourquoi ce manque que je ne peux pas expliquer ? Pourquoi cette espèce d’amnésie sur quelques périodes de ma vie… Je n’en peux plus ! Je ne me reconnais plus…

Gin resta silencieux et se contenta d’observer le dos large de son capitaine qui s’était réfugié à nouveau dans un silence rageur. Qui avait dit que le dominé ne souffrait plus une fois qu’il sortait de la chambre spéciale ?

°°0°0°°

Ichigo se réveillait par intermittence mais souvent, Kisuke ou Hiyori reprenait le contrôle, lui interdisant toute agitation intempestive. Souvent son regard se posait sur celui de Kyouraku, dont parfois il croisait la prunelle fatiguée. Son cœur saignait mais il ne savait plus pourquoi… il ne savait plus lui-même ce qu’il était, ou sa propre identité, abruti par ses songes et le monde dans lequel il vivait à présent.

Ses pensées se structuraient à présent dans son coma. Il voyait un visage récurant revenir, s’estomper petit à petit pour devenir sombre. Une silhouette familière qu’il aimait, dont il souhaitait la présence près de lui. Puis, peu à peu, des images de sa mère cueillant des fleurs dans son jardin, accompagnée de Karin et Yuzu envahirent son esprit.

Puis celles de son père qui essayait de lui apprendre l’art du combat par des jeux stupides et parfois dangereux. Les souvenirs heureux de son enfance, ceux qui vous mettent du baume au cœur lorsque vous ne savez plus à quoi vous raccrocher, s’installèrent dans sa mémoire.

Puis, l’Académie, ses amis… tout se mélangea. Il reprenait vie. Contact avec la réalité. Et lorsqu’enfin, il ouvrit les yeux, il rencontra le plafond blanc et brillant d’une pièce immense par les proportions. Ichigo ne bougea pas. Il resta impassible, aucune émotion, rien ne le traversait, sauf ce froid intense, comme une absence. Que faisait-il ici ? Il s’en moquait… ici ou ailleurs, qu’importe… Il voulait être seul.

Quand il croisa le regard vert de son Taicho, il ne cligna pas des yeux.

–    Okairi Kurosaki fukutaicho…

–    Merci… Taicho… je suis désolé…

–   Au contraire… je suis heureux d’avoir pu vous être utile…

–    Hai…

–   Vous avez mal ou avez-vous des sensations particulières ?

–    Aucune…

–    Pouvez-vous vous assoir ?

Ichigo fit basculer son corps et se retrouva assis sur ses fesses. Il était toujours nu mais il s’en moquait. Il regardait droit devant lui, indifférent. Hiyori entra et hurla :

–    Il est tout nu… qu’il mette quelque chose…

Le jeune homme tourna son visage vers la blonde et il se mit debout et attrapa le drap dont il se recouvrit le corps.

–    Vous pouvez tenir de…

Ichigo quitta les lieux et le bruit sec des geta résonna dans le couloir à sa suite.

–  J’ai besoin de vous garder en observation, Kurosaki-kun…

–   Je vais m’habiller et puis… je suis votre fukutaicho, je ne risque pas de me sauver.

–    Hum… c’est vrai ! Vous viendrez me rejoindre à mon bureau.

–    Hai Taicho !

–    Mais… mais… Taicho vous n’allez pas le laisser partir comme cela !

–   Il m’a dit qu’il reviendrait…

–   Vous le croyez ?

–    Bien sûr !

Hiyori maudit son capitaine inconscient et son fukutaicho exhibitionniste.

Ichigo laissa courir une main sur le mur lisse. Cet espace qu’il n’avait pas foulé… depuis combien de temps, au juste ? Ainsi, c’était là le sort réservé pour les cas de son espèce ? Il n’avait pas vu Shunsui donc, il avait dû réintégrer sa division. Il se promit de lui rendre une visite plus tard… Tous le regardaient avec curiosité mais personne ne l’interpella.

Une heure plus tard, il était dans le bureau de son capitaine, écoutant attentivement ses paroles.

–    Vous avez été gardé un an dans le tube, inconscient. La durée à été de dix mois pour Kyouraku Shunsui. Vos souvenirs vous ont été rendus en huit mois et six pour le capitaine de la huitième division. Vous êtes resté endormis pendant une petite semaine…

–    Donc, je suis resté vingt mois en sommeil ?

–    Exactement…

–    Et… si cela se reproduit ?

–    Cela ne pourra pas se faire. Je ne peux pas vous enlever votre douleur, j’ai juste trouvé un moyen pour bloquer votre loup, vous empêcher, à vous et à Kyouraku, de devenir fou. Le reste…  vous a été restitué.

Ichigo resta stoïque devant les informations qu’il recevait.

–    Qu’est devenu Kyouraku-san ?

–    Il est retourné à sa division qu’il dirige… à nouveau.

C’était son imagination ou bien Urahara avait hésité. Soudain Ichigo rencontra les yeux verts et constata l’intérêt suspect dont ils étaient dévorés. Le jeune homme pourtant ne laissa rien paraître. Ichigo demanda placidement :

–    Et… Aizen Taicho ?

Seul le silence lui répondit. Kisuke s’était rejeté au fond de son siège et observait son fukutaicho. Il finit par répondre, comme malgré lui.

–   Il est redevenu… lui-même. Absent au cours de toutes les pleines lunes et insaisissables autant qu’il pouvait l’être avant votr…

–  Bien… c’est le principal. Que dois-je faire à présent, Taicho ?

Avec un soupir à peine perceptible, le blond désigna un bureau dans le coin de la pièce.

–  Votre bureau a été transféré dans le mien. J’ai un retard monstrueux et votre aide ne sera pas superflue pour venir à bout de toute cette paperasserie !

–  Hai…

Ichigo fit demi-tour pour regagner sa place. Il observa un instant les piles sous lesquelles croulait son bureau. La voix de Kisuke lui demanda :

–    Vous ne voulez rien savoir d’autre ? Ni me poser plus de questions ?

Le jeune homme ne se retourna pas. En fait, il contourna son bureau et s’installa derrière pour commencer son tri. Que voulait-il qu’il lui réponde ? Seul le bruissement des pages qui se tournaient se fit entendre. Kisuke soupira une nouvelle fois. Que s’était-il passé au cours de tous ces mois ? Avait-il fait une erreur ?

°°0°0°°

Ichigo traversait les couloirs de la première division. Il avait croisé Hinamori à la réunion des fukutaicho et Hisagi. Tous les deux avaient été nommés durant son absence. Ils avaient essayé de lui parler mais, seul le vide leur avait répondu. La froideur du jeune homme les blessa. Ichigo n’était plus le même. Certes, il avait été enfermé durant une longue période… d’après les bruits qui couraient. Mais de là à les ignorer…

Au même moment, la réunion des capitaines se termina. Ces derniers envahirent le couloir et les fukutaicho furent obligés de passer devant leur capitaine. Ichigo s’arrêta devant le sien :

–    Tout est prêt, Taicho…

–    Vraiment ?

–    Hai !

–    Partez devant, je vous rejoins…

Ichigo fit un demi-tour militaire impeccable et traversa le couloir de sa démarche de fauve, en faisant abstraction des personnes se trouvant sur son chemin. Le jeune homme ignora son père et seul Kyouraku eut droit un salut de sa part. Les deux hommes échangèrent un regard légèrement modifié.

–   C’était votre fukutaicho, Urahara Taicho ? Demanda Aizen, curieux.

–    Hai !

–    Quelle surprise… je ne m’attendais absolument pas à…

– Une telle beauté ? Suggéra Kisuke, moqueur.

Sosuke regarda, surpris, le capitaine de la douzième division qui secouait la tête et quitta les lieux en saluant Shunsui qui le snoba. Le capitaine de la huitième division quitta les lieux sans un mot, laissant le reste de l’assistance hébétée. Plus personne n’arrivait à l’approcher. Le seul qui pouvait lui parler sans être rejeté, était Kurosaki fukutaicho.

Sosuke observa longtemps la silhouette qui s’éloignait. Son cœur avait battu très brutalement lorsqu’il avait rencontré son regard une fraction de seconde. Qui était cet homme qui avait été tenu écarté pour maladie aussi longtemps ? Et pourquoi lui et Kyouraku semblaient si complices ? Sans un mot, Aizen quitta le couloir pour regagner sa division, Hinamori sur ses talons.

Cette dernière était toujours aussi enjouée. Sa présence dans son bureau lui apportait un rayon de soleil dans la grisaille qui semblait avoir obscurcie sa vie depuis son accident. Peut-être devrait-il en faire sa compagne ? Ce n’était pas la première fois que cette idée lui avait traversé l’esprit et la jeune femme semblait amoureuse de lui.

Ce serait un excellent compromis pour lui… Il pourrait la dominer très facilement et peut-être qu’il aurait un peu moins froid… Pourtant…

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