In your arms

In your arms 5

Le chaos régnait dans les couloirs des urgences. Shuusuke qui devait partir après être intervenu sur une urgence de dernière minute s’était vu réquisitionner manque de médecins lorsque Kurosaki Isshin était arrivé dans son service.  Il avait eu un choc. Un homme blond était à côté du chirurgien et il l’avait repoussé même s’il avait l’air de s’y connaitre. Toutefois, il fut soulagé quand ce dernier lui donna toutes les informations nécessaires sur son futur patient.

Voyant l’air surpris de l’urgentiste, Kisuke a précisé

– J’ai fait médecine et c’est mon frère…

Shuusuke ne s’était pas posé plus de questions. Il avait emmené Isshin au bloc et ce fut difficile de faire vomir le patient qui s’était apparemment empoisonné avec un mélange de médicaments explosifs. Ce qui n’aidait pas beaucoup Shuusuke également, c’était l’affaiblissement de Kurosaki. La fatigue nerveuse et physique accumulée au cours des années profitait de sa faiblesse pour rendre les choses encore plus difficiles.

°° 0° 0°°

Kisuke rejoignit Ichigo, Byakuya et Grimmjow qui vint à sa rencontre.

– Tu vas bien, Kisuke ?

–    Je ne sais pas très bien Grimmjow.

L’infirmier observa son amant et le trouva très pâle, beaucoup plus pâle qu’à son habitude. Il voyait son visage tout aussi figé que celui d’Ichigo. Grimmjow repoussa le bob et caressa le visage mal rasé de Kisuke. Ses yeux verts étaient incroyablement brillants, témoignant du stress qu’il avait accumulé depuis qu’il avait découvert son frère inconscient.

– Tu te rends compte Grimmjow. J’ai paniqué ! Je ne savais plus ce que je devais faire et…

–    Ccchhhuuuuuttttt… Tu as su gérer la situation. Ne culpabilise pas.

Sans laisser le temps au commerçant de parler davantage, il le prit dans ses bras et le serra contre lui. Ichigo observait son oncle qui lui montrait un visage qu’il ne lui connaissait pas. Celui de la peur et de l’anxiété. Il ne l’avait jamais vu aussi affecté de toute sa vie. Lui-même était incapable de parler ou de bouger. Il était figé dans la douleur. Son cerveau enregistrait tout ce qui se passait, mais, rien dans sa tête ne lui permettait de réagir.

Byakuya avait tenté de le réconforter, mais il l’avait repoussé. Ichigo n’avait pas supporté son contact. En fait, le roux s’aperçut qu’il serait incapable de supporter le moindre signe d’apaisement. Ses nerfs étaient à vif. C’était comme si son émotion psychique donnait une répercussion à son corps physique. Son esprit souffrait, son corps pâtissait…

Pour Ichigo son père était comme un roc, qui serait toujours présent. Jamais, dans son esprit, il ne l’avait imaginé amoindri. C’était… impossible ! Et pourtant, il venait de découvrir qu’Isshin était humain. Il songea à la fin d’après-midi où lorsqu’il avait vu son père, il lui avait semblé fiévreux, mais n’avait pas été plus inquiété que cela…

Une main se posa sur son épaule, et Ichigo se tourna méchamment vers l’intrus. Kisuke eut un faible sourire et déclara d’une voix qui essayait d’être amusée.

– Être aussi tendu ne sert à rien, n’oublie pas ton cœur…

–    Plus facile à dire qu’à faire, marmonna Ichigo qui se dégagea.

Le regard sombre de l’architecte ne laissait rien présager de bon au commerçant. Il n’avait jamais vu son neveu aussi inquiet… aussi en colère aussi. Son regard brûlait littéralement. Il ressemblait à un fauve blessé que l’on avait mis en cage. L’attente serait longue pour eux tous… Kisuke se déplaça vers la fenêtre de la salle d’attente, et plaça ses mains derrière le dos. Son regard se fit lointain. Sa gorge était tellement nouée par l’émotion, qu’il avait l’impression qu’il allait pleurer s’il essayait de dire quoi que ce soit. Jamais, il n’avait songé que son grand-frère pouvait mourir un jour.

°° 0° 0°°

Tout le personnel était tendu. Ce n’était pas tous les jours que le grand patron se faisait hospitalisé et surtout pas dans un état pareil. Amagaï resta d’un calme olympien. Ses gestes et ses ordres étaient précis. Il eut quelques difficultés à trouver les veines dues à la faible tonicité de ses dernières. Il posa ses perfusions sur le dos de la main en désespoir de cause.

Un bref instant, Shuusuke vit le visage creusé par la fatigue de Kurosaki et cela lui fit un choc. Pour la première fois, il voyait l’homme accusé son âge. Sa pâleur et ses traits tirés y étaient pour beaucoup. Il ne se laissa pas distraire davantage et continua à établir le traitement. Dire qu’Hirako avait parlé d’un trop grand calme dans le service… lui n’arrivait plus à en sortir. Il appréhendait déjà le lendemain…

Sans se rendre compte de ce qu’il faisait, Amagaï repoussa d’un geste tendre les mèches qui s’étaient collées sur le front d’Isshin. À sa surprise, l’homme parut apprécier son contact et se détendit légèrement. Il eut un sourire intérieur et se détourna pour reprendre le cours de son travail. Quand il sortit du bloc, il fut bousculé par Ishida-san. Ce dernier le regarda interloquer. Amagaï le prévint.

– Nous l’avons placé en observation…

—    Que s’est-il passé ? demanda anxieusement le médecin si froid habituellement.

–    Surmenage, mélange médicamenteux, malaise vagal…

–    Il est tiré d’affaire ?

–    Je pense qu’il faudrait qu’il soit suivi pendant quelque temps enfin, je pense surtout qu’il doit prendre du repos.

–    Comment Isshin a pu faire un mélange de molécules ?

–    Aucune idée. Peut-être que son frère pourra vous en apprendre plus…

–    Kisuke est ici ? Interrogea soudainement plus animé le second directeur de l’hôpital ?

–    Hai. Apparemment, ils ont passé une partie de la soirée ensemble…

–    Je vais le rejoindre et venez avec moi ! 

Shuusuke qui n’avait qu’une hâte, celle d’aller dormir, suivit à contrecœur Ryuken. Ils traversèrent le couloir pour se diriger vers la salle d’attente. À la surprise de l’urgentiste, se trouvaient là quatre hommes pratiquement tous inconnus. Le frère de Kurosaki retira son bob rayé et s’avança vers lui le regard grave.

– Mon frère fait du surmenage ?

–    Oui… De plus, vous aviez raison. Il a bien pris plusieurs substances qui ont agi sur lui comme un détonateur. Nous avons réussi à le faire vomir. Il a fait également un malaise vagal quelques minutes après. Mais rassurez-vous… il va mieux. Je lui ai administré un traitement pour lui permettre de récupérer physiquement. Par contre, je pense qu’il devra rester en observation durant quelque temps à l’hôpital. Et… il aura surtout besoin de repos.

–    Je comprends…

–    Êtes-vous sûr… que mon père est tiré d’affaire ?

Shuusuke se tourna vers un homme de sa taille avec des cheveux roux.  L’expression d’angoisse n’arrivait pas à ternir la beauté de ses traits. Il se dégageait comme pour son père, une impression de puissance, mais moins brute.  Quelque chose dans son regard, l’interpella.

– Il est placé en observation pour le reste de la nuit. Je pense que d’ici demain matin, tout devrait être rentré dans l’ordre. Il vous aura surtout fait une belle frayeur. Cependant… il faudra veiller comme je le disais plus tôt, à un repos forcé. Je ne sais pas qui s’occupera de lui…

—    Moi ! répondit Ishida d’une voix tranchante. Je ne laisserai personne d’autre que moi toucher à mon ami.

–    Ishida-sensei… commença Kisuke

–    Qui d’autre pourra faire comprendre à cette tête de mule qu’il doit prendre du repos ? Vous ? ironisa Ryuken. Que s’est-il passé ce soir pour mettre un homme pareil dans cet état ?

Le directeur était raide. Foudroyant du regard chaque membre de la famille présent. Ichigo s’avança.

– Nous avons eu une réunion avec tout le clan. Mon père annonçait que je prendrais l’intérim jusqu’à ce que Koichi Kurosaki puisse prendre la relève du clan…

–    La soirée ne s’est pas bien passée, marmonna Grimmjow. Ils étaient fous, car ils pensaient pouvoir mettre un membre malléable à la place d’Isshin, mais le vieux à tout prévu et il a même fait intervenir le notaire. Il a placé ses pions…

–    Mon frère a subi un tôlé dans notre clan et il était vraiment furieux de l’opposions qu’il lui a été fait ! J’ai vu avant même que la réunion ne commence, qu’Isshin n’allait pas bien, même s’il tentait de le masquer… Je pense que lorsqu’il a quitté la réunion dans l’état où il était… Il n’a pas dû se rendre compte de ce qu’il faisait…

–    Bref ! Le clan Kurosaki a encore frappé ? ironisa Ryuken. Savez-vous le nombre d’appels qu’il reçoit de la part du clan par semaine ? Son assistante travaille bientôt à plein temps rien que pour vos problèmes familiaux ! Comment n’avez-vous pas pu l’aider avant ?

–    Nous n’en savions rien, rétorqua tranquillement Kisuke.

–    Comme c’est pratique de ne rien voir, n’est-ce pas Kisuke ? Finalement, le rôle de victime vous va à ravir, déclara narquois le médecin, un sourire mauvais aux lèvres. Vous avez laissé votre frère avec toutes les responsabilités sans jamais vous demander à quel moment, il prendrait l’eau… Et vous…

Ryuken se tourna vers Ichigo.

– Vous vous servez de vos problèmes cardiaques comme excuses…

–    J’aide Byakuya avec ses problèmes…

–    Oui… Kuchiki-san a aussi un clan et je conviens que le conjoint doit aider, mais Kurosaki Isshin est votre père… Enfin, je m’abstiendrai d’aller plus loin… Vous êtes tous irresponsables ! Je ne peux pas me mêler de ses problèmes familiaux, juste le seconder pour l’hôpital et son travail. Mais maintenant… Je vous interdis formellement de venir le voir pour régler vous, et tout le clan Kurosaki de venir l’importuner pour l’achever ! Et croyez-moi, je veillerai au grain.

–    Vous semblez dire que nous ne soutenons pas mon frère… lança doucement Kisuke.

Ryuken tourna son visage vers le commerçant et fronça les sourcils.

– Vous le prenez comme vous le voulez… Je m’en moque éperdument. Il est toujours préférable de croire que son frère où son père est le grand-méchant loup…

Amagaï sursauta en entendant cela, le renvoyant à l’image du chirurgien imitant Ulquiorra. Son expression presque joyeuse quelques minutes plus tard, lui fit mal au ventre. Apparemment, sa vie n’était pas aussi simpliste que la plupart des gens s’imaginaient pour lui. Le visage des quatre hommes devant lui reflétait le remords et l’indécision. Ishida continua à asséner ses vérités.

– Mais aucun de vous ne s’est posé une seule fois une seule question sur lui… Ce n’est pas certainement pas faute de ne pas connaître au moins les membres de votre famille ! Maintenant, je vais le rejoindre. Vous le verrez demain aux heures de visites. Je vous interdis de lui parler de sujet qui fâche… Si quelque chose se passe, nous vous appellerons. Il ne sert plus à rien de rester dans nos murs.  Amagaï-sensei, suivez-moi.

L’urgentiste emboita le pas du chirurgien et soupira intérieurement. Il n’était pas près de voir sa couette. Toutefois, il se sentait… différent. Les paroles dures échangées et la tension qu’il y avait eu dans la pièce l’avaient touché… mais, c’est surtout l’histoire même de Kurosaki Isshin qui l’affectait sans qu’il ne s’en rende compte.

L’image qu’il avait entraperçue, cette image d’un homme qui pouvait être détendu et joyeux, en totale opposition avec son habituelle mine sombre, l’avait ému. Comme s’il découvrait un trésor que peu de personnes entrapercevaient… Dans le fond, Shuusuke constata qu’il aimerait en savoir davantage. Kurosaki Isshin ne ressemblait à aucune personne qu’il avait croisée dans sa vie.

Il s’arrêta au milieu du couloir alors que Ryuken se tournait vers lui.

– Quelque chose ne va pas Amagaï-sensei ? Êtes-vous malade ?

–    Non… non, ce n’est rien. Je… Je me demandais, s’il était possible que je dorme ici ce soir. Si je rentre chez moi, je vais à peine me reposer pour mon service de demain matin…

–    Ah, c’est vrai… vous ne faites pas partie des équipes de nuit. Je vais appeler l’intendance. Nous allons vous trouver une chambre de libre. Je ne vais pas vous retenir…

–    Je voudrais voir, enfin, je voudrais m’assurer que tout… va pour le mieux…

Amagaï se détesta pour la faiblesse qu’il avait dans la voix. Mais, il était encore sous le choc de sa découverte. Ryuken remonta ses lunettes et approuva de la tête. Ils reprirent leurs marches et le chirurgien reprit la parole.

– Vous êtes quelqu’un de très consciencieux… Amagai-sensei. Vous êtes très apprécié dans votre service et vos compétences ne sont plus à prouver. Je me demandais pourquoi vous restiez aux urgences et ne retourniez pas dans votre spécialité de départ… Vous êtes un très bon chirurgien et Kyouraku-sensei va bientôt partir à la retraite. J’ai besoin d’une personne jeune et en qui j’ai une entière confiance pour le remplacer…

–    Je… commença Amagaï gêné, mais, Ishida fit comme s’il n’avait pas entendu la coupure.

–    En ce qui concerne, l’incident au cours de votre dernière opération, l’enquête à clairement démontré que vous n’y étiez pour rien. Je pense qu’il ne reste que vous seul à convaincre. Je vous demande de sérieusement y réfléchir. D’ailleurs, vous avez opéré récemment un patient récemment. Vous n’avez perdu aucun de vos réflexes.

Ils étaient arrivés devant le lit de Kurosaki qui semblait un peu plus reposé aux yeux d’Amagaï. L’image qu’il avait vue plus tôt lui revint en mémoire et un frisson le traversa. Ryuken contourna le lit et se plaça à côté d’Isshin. Il soupira avant de caresser brièvement les cheveux de son ami.

– Je leur ai fait la morale, celle que tu n’as jamais voulu faire… Pourquoi faut-il que tu n’en fasses qu’à ta tête. Je n’imagine même pas Lisa-chan demain matin. Elle s’inquiète de plus en plus pour toi. Je vais…

Ryuken se reprit. Sa voix avait flanché.

– Je vais, lui adjoindre une assistante. Le temps que tu te remettes… enfin que tu retrouves la forme. Mon ami, si tu veux vivre encore quelques années… je t’interdis de reprendre la tête de ton clan… Ils vont te faire mourir avant l’heure !

Ishida se tourna vers Amagaï et le rejoignit. Sa mine s’était faite plus sombre qu’il y a à peine deux secondes.

– Vous savez, Kurosaki-sensei n’est pas aussi… méchant qu’on veut bien le prétendre.

–    Je m’en suis aperçu, Ishida-sensei.

Le chirurgien eut un petit sourire et déclara d’une voix fatiguer.

– Je vais prévenir l’intendance pour votre chambre. Vous devriez recevoir un texto pour vous indiquer son numéro d’ici quelques minutes. Et profitez-en pour réfléchir à ma proposition…

Ishida quitta la pièce. Shuusuke resta un instant immobile devant le pied de lit d’Isshin. Puis, mu par les émotions qui reprenaient le dessus sur lui, il s’avança pour s’installer sur la place abandonnée par Ryuken plus tôt. Un frisson le traversa. Sa main se leva et il effectua cette fois-ci le geste tout à fait consciemment. Ses doigts parcoururent les mèches courtes dans un geste tendre.

À sa surprise, Isshin réagit une nouvelle fois favorablement à la caresse. Le médecin resta là à caresser doucement les mèches poivre et sel. Jusqu’à ce que son bipeur l’avertisse d’un message. Il lut le message et soupira.



Il resta encore quelques secondes avant de quitter les lieux en silence. Seuls, les bips réguliers des différents appareils étaient audibles. Amagaï se sentait abattu comme, jamais il ne l’avait été auparavant. Quand il entra dans la pièce du personnel qui lui était réservée pour la nuit, il se déshabilla comme un automate. Le médecin resta un long moment à observer le plafond. Comment allait-il survivre au fait qu’il soit tombé amoureux d’un hétérosexuel… homophobe ? Quoique… l’est-il tant que cela ?

°° 0° 0°°

Lorsqu’Isshin réussit à soulever sa paupière, il fut ébloui par la lumière. Il avait immédiatement compris qu’il se trouvait à l’hôpital. Le chirurgien avait trop l’habitude de ce lieu pour ne pas le reconnaitre même inconsciemment. Que lui était-il arrivé ? La veille… il avait une céphalée… il s’en souvenait. Cela faisait une éternité qu’il n’en avait pas fait une comme celle-ci. Isshin réussit au bout de quelques minutes à ouvrir les yeux et il s’aperçut qu’il était dans une chambre individuelle. Des fleurs s’y trouvaient.

Ce qui l’étonnait… C’était l’ordonnancement de la chambre. Enfin du matériel disposé autour de lui. Comme s’il… résidait là depuis au moins quelques jours. Cela le troubla plus encore. Il allait commencer à s’agiter, mais abandonna rapidement. Il se sentait faible et… fatigué. Comment pouvait-il être fatigué alors qu’il venait de se réveiller et son regard glissa vers la fenêtre, en plein milieu de l’après-midi ?



Isshin enfonça son dos dans ses cousins. Il passa sa main dans ses mèches. L’homme fronça les sourcils… ce geste, lui rappelait vaguement quelque chose. Mais, à ce qu’il sache, personne ne lui avait jamais caressé les cheveux… alors…

Son regard s’égara vers la fenêtre à nouveau. L’après-midi semblait grise… mais, moins tourmenté que la veille. La main du médecin glissa derrière lui pour attraper le bouton pour appeler l’infirmière de garde et il arrêta son mouvement. Isshin n’avait pas envie d’être dérangé dans le fond. Ce calme… depuis combien de temps n’avait-il pas goûté à ce repos ? D’ici quelques minutes, il était sûr que sa chambre grouillerait de monde. Alors, pourquoi précipiter les choses ?

Ses yeux rampèrent sur les objets occupant l’espace, pour aboutir au pied de son lit. Aurait-il la curiosité de consulter sa fiche ? Non… il s’en moquait pour l’instant. De toute façon, cela ne changerait pas grand-chose. Isshin sursauta lorsque la porte de sa chambre s’ouvrit. Il leva les yeux et rencontra le regard surpris d’Amagaï.

– Vous êtes réveillé ?

Le ton sincèrement étonné et le coup d’œil dans sa chambre pour voir si au moins une infirmière quelconque se trouvait là, firent sourire Isshin.

– Je n’ai appelé personne et… je me suis réveillé, il y a quelques minutes à peine. Je voulais être… un peu seul…

–    Je peux me retirer et…

–    Non, restez ! Vous ne me dérangez pas… bien au contraire.

–    Ishida-san va être encore contrarié, marmonna Shuusuke.

L’urgentiste n’arrivait pas à remettre son cœur à l’endroit. De voir Isshin le regarder si calmement, alors qu’il n’avait cessé de s’inquiéter pour lui depuis une semaine, le troublait. Amagaï était heureux, mais camoufla son émotion en traversant la pièce et en attrapant la feuille de soin d’Isshin.

– Ryuken ? Pourquoi ?

–    C’est votre médecin personnel, Kurosaki-san…

–    Oh… fit Isshin très surpris.

–    Vous devriez l’appeler, il se fait beaucoup de soucis pour vous…

Isshin soupira et attrapa derrière lui le bouton de la sonnette et appuya à contrecœur. Il observait Amagaï très étonné de le voir dans sa chambre. La porte s’ouvrit précipitamment en moins de quelques secondes. Ishida apparut sur le seuil stupéfait.

– Enfin ! s’exclama Ryuken. T’en as mis du temps pour te réveiller !  Tu te l’es joué belle au bois dormant maintenant ? demanda le médecin cassant.

–    J’ai toujours aimé tes accueils chaleureux… marmonna Isshin.

–    Tu nous as fait une belle peur et je te jure que la prochaine fois, c’est moi qui t’achève !

–    Il y a un témoin… sourit Isshin.



Ryuken tourna la tête et rencontra le visage d’Amagaï.

– Je vous cherchais !

–    Ah… 

Amagaï sentait qu’il allait devoir encore subir les sollicitations du directeur. Isshin vit l’expression de l’urgentiste se modifier.

– Je peux savoir ce qui se passe ?

–    Toi ? Non… Tu es au repos forcé !  J’ai viré ton clan… et j’ai adjoint une aide à Lisa pour faire face aux appels de ton encombrante famille. Un sourire cruel se forma sur les lèvres de Ryuken qui fit déglutir Isshin qui voyait déjà le pire elle s’appelle Soi Fong et franchement, je me demande si elle n’est pas plus terrifiante que Lisa Yadomaru…

Isshin blêmit en imaginant une Lisa puissance deux. Comment Ryuken avait encore pu dégoter une femme plus terrifiante que son assistante ? Un frisson d’horreur le traversa. Une migraine pointa le bout de son nez. Inconsciemment, il porta une main à son front. Amagaï et Ryuken suivirent son geste du regard.

– Cela ne va pas ?

–    J’ai… mal à la tête…

–    migraine ?

–    Hai…

–    Tu te reposes… je vais demander à ce qu’on t’apporte le nécessaire. Au fait… peux-tu me dire ce qu’était le mélange que tu as pris ?

—    Le mélange ? demanda Isshin surpris.

—    Tu as tenté de te suicider ? insista Ryuken. Tu me diras, tu aurais de quoi, mais…

–    Mais ça ne va pas ! Je n’ai jamais eu l’intention de me suicider ! J’aime trop la vie pour ça ! s’exclama Isshin. Je n’ai pris que des médicaments pour la migraine, je n’ai rien pris d’autre et…

–    Bon, la prochaine fois que tu es malade demande à quelqu’un de ton entourage de prendre les médicaments pour toi… Tu ne sais plus lire les étiquettes et remercies ton frère et Amagaï-san.

Isshin tourna son visage vers l’urgentiste qui tirait de sa poche son bipeur. Ce dernier s’excusa. Ryuken interpella Amagaï avant qu’il ne quitte la pièce.

– Amagaï-sensei… je vous attends dans mon bureau tout à l’heure… à la fin de votre service et même si comme la dernière fois vous terminez à 3 heures du matin, dites-vous bien que vous ne m’échapperez pas éternellement !

–    Hai ! répondit simplement Shuusuke sombrement.

Il quitta la pièce mal à l’aise. Amagaï n’avait aucune envie de se retrouver coincé par Ishida et… il refusa de voir plus loin. Il prit son service rapidement, oubliant ou occultant au fond de sa mémoire toutes les émotions contradictoires qui l’agitaient.

– Isshin…

–    Hum… Fit le médecin en levant les yeux vers son ami.

–    Je voudrais te parler sérieusement…

Les deux hommes s’observèrent et Isshin tapota le coin de son lit et Ishida le foudroya du regard.

– Pour qui tu me prends…

–    Relax, et ne la joue pas prude avec moi… Ryuken.

Le regard glacé d’Ishida se posa sur son ami d’enfance et une foule de souvenirs envahit sa mémoire. Depuis combien de temps ne se sont-ils pas parlé comme des amis ? Depuis une semaine, le médecin ne cessait de se faire des reproches… ce qu’ils avaient dit à Kisuke et à Ichigo… il se les adressait à lui aussi.

Ryuken s’assit sur le bord du lit et sortit son paquet de cigarettes. Il en tira une et la plaça derrière son oreille. Ses doigts fins jouaient avec le paquet. Il soupira et murmura.

– Tu sais, je n’ai pas envie que tu partes… comme ça…

–    Ça fait plaisir, marmonna Isshin.

–    Je ne plaisante pas. J’ai pris des nouvelles dispositions durant ta semaine de sommeil.

–    Quand même…

–    Je ne veux plus que tu touches à un bistouri avant un petit moment…

–    Pardon ?

Le ton sec et interrogatif fit se retourner Ryuken. L’expression dangereuse de son ami ne le fit même pas sourciller. C’était l’avantage de connaître Isshin depuis le bac à sable…

– Tu m’as bien entendu. Tu es surmené. Tu as oublié que tu étais humain… tu as oublié… d’exister. Ton clan est tenu par Ichigo. Kisuke devait l’aider, mais, apparemment ton fils à l’âme d’un leader et il est plus terrifiant que toi. Ton frère m’a dit qu’il était très affecté par ce qui t’était arrivé. Il est furieux après les membres du clan. J’ai su qu’il a convoqué Tajima et il y a eu quelques explications surchauffées entre eux. Je pense que lorsque ton petit-fils reprendra le clan… un grand balayage aura eu lieu. Ton fils lui façonne un boulevard…

Isshin était stupéfait. Jamais, il n’aurait songé qu’Ichigo puisse tenir le clan. Quelque part, depuis son arrêt cardiaque… il l’avait considéré comme une petite chose fragile… et le fait qu’il entretienne une liaison avec un homme… enfin, Isshin se rendait compte que ses opinions hâtives, lui avait encore faussé son jugement. Ryuken repris la parole et sans s’en apercevoir alluma sa cigarette. Isshin haussa un sourcil, mais ne dit rien.

– J’ai fait appel à un nouveau neurochirurgien pour te remplacer… J’étais en contact en fait avec lui depuis six mois… et une chance pour moi, il accepte le poste. Il s’agit d’Arturo Plateado. Il a été débauché de son Espagne natale et tu connais les hôpitaux au Japon… et sa rigidité… bref, il voulait quitter le pays. J’ai réussi à le convaincre. Je voudrais qu’il reprenne le service… lorsque tu partiras en retraite.

–    C’est… inattendu. Pas… enfin, j’ai l’impression d’être mort, murmura Isshin.

L’expression de souffrance qui passa sur les traits d’Isshin troubla Ryuken. Mais, si Isshin était incapable de prendre soin de lui, lui le ferait à sa place.

– Isshin, tu ne peux plus t’occuper de tout, tout seul où tu mourras prématurément et tu n’auras aucune occasion de profiter de la vie. Et j’en sais quelque chose.

–    Que veux-tu que je fasse à mon âge ? gronda Isshin contrarié…

–    Je n’ai pas dit que je mettais au rancard ! Il y a un domaine dans lequel tu excelles et je veux que tu t’en occupes sérieusement. À force de t’occuper de cet hôpital et de ton clan, tu sais gérer comme personne les administrations et la paperasserie. Nous mettons en place toute une nouvelle structure… la chance aussi, c’est que ce soit ton beau-fils qui s’occupe de l’architecture de l’extension. Je voudrais… moi de mon côté avec tous les nouveaux recrutements m’occuper de la gestion de notre nouvelle organisation. N’oublie pas l’objectif que nous donnons à cet hôpital… Uryuu va revenir des États-Unis…

–    Il s’est enfin décidé ?

–    Hai !  Il estime avoir acquis suffisamment d’expériences là-bas pour revenir dans nos murs. Enfin, pour nous ça tombe plutôt bien…

–    Donc, tu veux me cantonner à l’agrandissement de l’hôpital…

–    Et sa gestion… Je compte reprendre mon poste de chirurgien et l’université de Todai m’a demandé d’intervenir pour certains cours magistraux.

–    Tu sais que j’ai fait médecine, car c’était ma passion, je n’ai jamais demandé à être gestionnaire !

–    Qui mieux qu’un chirurgien peut comprendre les besoins d’un hôpital. N’oublie pas que nous changeons toute l’organisation et que notre hôpital doit gagner en réputation. Si nous persistons dans les vieux clivages qui pourrissent l’organisation des hôpitaux japonais… jamais nous ne parviendrons à nous démarquer.

–    Ça va faire grince quelques dents… »



Isshin était pensif. Mettre des chirurgiens plus jeunes et talentueux à la place comme chef de service plutôt que les vieux chirurgiens engoncés dans leurs préjugés et leurs inerties…



– J’ai fait une proposition à Amagaï-sensei… continua Ryuken. « Il est aussi bon que Kyouraku. Comme il part en retraite dans quelques mois, je pensais le mettre en binôme avec lui pour qu’il comprenne bien ce qui implique la gestion d’un service.

—    Il a accepté ?

–    Pas encore… on dirait que lui seul, se croit encore responsable. Bref… Tu as l’air de bien t’entendre avec lui. C’est rare que tu te laisses approcher.

Ryuken observa Isshin qui s’enfonçait dans son oreiller. Isshin semblait réfléchir et un petit sourire se forma sur les lèvres du chirurgien comme si un souvenir amusant lui avait effleuré l’esprit.

– J’apprécie beaucoup Amagaï-sensei… confirma Isshin sérieusement.

—    Depuis quand ?

—    Oh… ce serait trop à t’expliquer, répondit Isshin malicieux. Mais, je serai heureux qu’il accepte ta proposition…

—    Tu ne pourrais pas appuyer ma demande auprès de lui ?

—    Tu te sers de moi ? Je pensais que j’étais au repos…

–    Oui ! Et là c’est seulement un service ! cracha Ryuken énervé…

—    Tu vas écraser où ton mégot maintenant ? ironisa Isshin en fixant son ami.

Ryuken observa le mégot entre ses doigts, surpris de le voir là.

– Mais tu ne pouvais pas me le dire que je fumais ?

—    Non… j’ai un excellent moyen de pression que je pourrai utiliser en cas de besoin… » Répondit avec un sourire Isshin.

–    Ts ! Bref, c’est la seule chose pour laquelle je te demanderai de m’aider. Pour le reste, je pense pouvoir m’en tirer tout seul.

–    Je n’ai pas le choix… pour la nouvelle organisation ? Apparemment tu m’as compté dans les chefs de service psychorigide et…

–    Boucle-là ! Ne déforme pas tout ce que je te dis à ton avantage. Tu es incontestablement un très bon chirurgien. Et je compte sur toi pour aider à la nouvelle organisation. Mais… tu devras un jour te rendre compte que tu n’es qu’un homme et pas un dieu. Personne n’est irremplaçable sur cette Terre… et puis, si tu meurs comme un idiot, parce que tu ne sais plus déchiffrer une étiquette, trop fatigué pour savoir ce que tu fais… moi, je ne suis pas d’accord. Tu vaux mieux que cela. Prends ça comme une chance… ou un avertissement. Et si tu crois que tu auras le temps de te reposer après… Je crois que tu n’as pas encore mesuré toutes les tâches qui vont t’attendre. Et… moi aussi, j’ai besoin de vacances. Bon… je vais rejoindre mon bureau. Tu as l’air en forme…

—    C’est ça ton osculation ? demanda narquois Isshin.

–    Te savoir dans un lit est amplement suffisant pour me rassurer !



Ryuken se leva et se dirigea vers la porte et se tourna juste avant de la fermer.



– J’ai vraiment eu peur… Isshin, ne me refais plus jamais un truc dans le même genre où c’est moi qui t’achève ! 

Le battant résonna longtemps au travers des oreilles d’Isshin. Il se sentait tellement impuissant et inutile à présent. Qu’allait-il devenir ? Avait-il encore sa place finalement dans cette vie ?

 

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