In your arms

In your Arms 6

L

es urgences étaient encore en pleines effervescences au moment où Shuusuke quitta les lieux. L’équipe de nuit avait pris la place de l’équipe de jour. Il traversa l’hôpital sans le voir. Arrivé à l’extérieur, il chercha du regard son véhicule. Il ne savait plus depuis quelque temps où il en était et cherchait sans voir ce qui l’entourait. Shuusuke se sentait fatigué. Finalement, il repéra son véhicule.

Amagaï s’arrêta net en rencontrant le regard d’Isshin. Le médecin s’était glissé dans son champ de vision. Habillé chaudement dans son long manteau noir, il n’en était que plus qu’impressionnant.  Sa gorge se noua et il s’avança presque à contrecœur. Les battements de son cœur s’étaient emballés. Jamais, il n’aurait cru rencontré Kurosaki sur le parking, lui qui prenait grand soin de l’éviter.

– Bonsoir, Amagaï-sensei, sourit Isshin.

C’était la première fois qu’il voyait sourire aussi chaleureusement le médecin. À croire que ce type était toxique pour ses nerfs, il se sentait incroyablement tendu.  

– Bonsoir, Kurosaki- sensei.

Isshin grimaça légèrement et ses épaules s’affaissèrent quelque peu.

– Quelque chose ne va pas ? s’inquiéta Amagaï.

–    Vous venez de toucher un point sensible, Amagaï-san.

–    Sensible ?

L’urgentiste ne comprenait pas et scruta avec attention son patron. Il paraissait avoir un peu plus de cheveux blancs qu’avant. Cela ne dénaturait pas son charme… bien au contraire pour lui.

– Quelque chose s’est passé Kurosaki-san ?

–    Mon associé et… ami m’a mis à la retraite…

–    Pardon ?

Amagaï ouvrit de grands yeux. Il ne s’attendait absolument pas à cette déclaration. Isshin hocha la tête et se gratta sa barbe naissante.

– Oui, je ne suis plus qu’un… boulet !

–    Comment… enfin, je ne comprends pas ! Vous êtes un chirurgien réputé et…

–    Visiblement épuisé. Dites Amagaï-san, au lieu de discuter sur un parking… Pourrions-nous prendre un verre quelque part ? Enfin, si cela ne vous ennuie pas. Je n’ai pas envie d’être enfermé dans les murs de cet hôpital et je n’ai pas envie de rentrer chez moi…

–    Euh… Pourquoi pas ? Je…

–    S’il vous plaît, éloignez d’ici…

–    Je connais un bar où nous pourrons être tranquilles. Par contre, c’est un bar gay… Cela vous posera-t-il un problème ?



Shuusuke pensait que cette précision ferait fuir Isshin, mais, à sa grande surprise, ce dernier accepta. Isshin lui sourit et déclara fataliste.

– J’ai souvent des problèmes de voiture, pourrions-nous prendre la vôtre ?

–    Hai…

Tendant la clef devant lui, Shuusuke ouvrit sa Mazda MX-5 et s’installa derrière le volant. Isshin prit place à côté de lui. Shuusuke démarra mal à l’aise. Son bras frôlait celui de Kurosaki. Le petit habitacle paraissait empli de la présente et l’aura de son patron. Pourquoi se trouvait-il dans pareille situation ?

– Vous ne semblez pas vous porter au mieux, Amagaï-san. Je ne resterai pas trop longtemps. Je ne voudrais pas que vous soyez surmené tout ça pour m’écouter parler…

–    Je crois que nos situations ne sont absolument pas comparable Kurosaki-sensei.

–    S’il vous plaît… plus de… sensei. C’est fini pour moi…

—    Mais, c’est impossible ! protesta Amagaï, en ralentissant au feu rouge.

Il se tourna vers Isshin, contrarié.  Isshin haussa un sourcil et détailla Amagaï qui semblait bouleversé.

– Comment pouvez-vous accepter de vous faire mettre à la porte de cette manière ?

–    Comment pouvez-vous refuser le poste qu’Ishida-sensei vous propose ?

Un silence s’établit dans l’habitacle. Amagaï redémarra. Isshin vit les doigts serrés le volant nerveusement.

– Est-ce pour cela que vous m’avez demandé de vous tenir compagnie ce soir ? demanda Amagaï sombrement.

Shuusuke était furieux. Comment avait-il pu se laisser berner ? Jamais Kurosaki ne s’intéresserait à lui autrement que de manière professionnelle. Isshin observa les rues animées de Tokyo. Les néons et les décorations festives étaient attractifs.

– Au départ oui, mais je crois que cela ne me concerne pas. Je pense que chacun doit assumer ses choix. Je n’ai absolument pas le droit d’intervenir. Même si je ne comprends pas après tout, je ne sais rien de vous et de votre vie. Comment pourrais-je vous obliger ? Moi-même, je dois faire des choix celui de pouvoir prolonger ma misérable existence ou bien continuer comme je l’ai fait jusqu’à présent et finir en tas de cendres dans moins d’un an. Ryuken est véritablement furieux contre moi… 

–    Je suis désolé. Je sais… enfin, j’ai entendu toutes les fonctions que vous endossiez et j’ai l’impression de jouer à l’enfant gâté.

Isshin soupira. Ses doigts cherchaient inconsciemment son paquet de cigarettes. Amagaï s’en aperçut et demanda.

– Vous avez oublié quelque chose ?

–    Euh…  Isshin s’aperçut de son geste et bougonna, je crois que je vais avoir beaucoup de mal à arrêter de fumer.  Kyouraku-san est venu me voir et apparemment, je dois, faire attention à mon cœur.  J’ai interdiction de fumer.

–    Et vous allez suivre ses recommandations ? »

Le conducteur rangea sa voiture dans le parking souterrain. Il éteignit les phares. Les deux hommes sortirent de la voiture et Isshin attendit que son interlocuteur lui indique la direction à prendre. Amagaï rit doucement, alors qu’ils montaient dans l’ascenseur pour rejoindre la rue.

– Quelque chose vous amuse ?

–    Kurosaki-san… si on m’avait dit, il y a trois mois de cela que je prendrai un verre avec vous dans un bar gay… je crois que j’aurai parié ma main que s’était qu’une vaste plaisanterie.

–    Et je suis sûr que je vous aurais soutenu et j’aurai découpé ma main tout seul ! » Termina Isshin en éclatant de rire.

Sortant de l’ascenseur en souriant, Amagaï montra le chemin à suivre. Les deux hommes s’engagèrent dans une rue piétonne animée. Isshin respira et constata qu’il n’était pas sorti de cette manière depuis une éternité. Quand avait-il cessé de vivre ?  Ce constat lui fit chercher une cigarette, mais il cessa en rencontrant le regard moqueur d’Amagaï.  

– Venez Kurosaki-san, c’est ici…

Isshin leva la tête et vit afficher le B.Bar. Les doubles portes vitrées furent poussées et un couple sortit. Le plus grand des deux hommes qui sortaient avait l’air plutôt inquiétant. D’ailleurs, il dévisageait son compagnon de manière sombre.

– Je refuse de participer à ce genre de manifestation Senji… Tiens, le toi pour dit ! Je n’ai pas envie de me ridiculiser !

–    C’est toi le yakusa, je te rappelle. C’est quoi toutes ses histoires de tradition dont on me rabat tout le temps les oreilles… Ts… tu n’es qu’une chochotte finalement…

—    Pardon ? s’indigna l’armoire à glace.

Le couple disparut en discutant de manière animée. Isshin et Shuusuke restèrent un instant figés. Isshin murmura.

– Chochotte ?

–    Yakusa… Il est dingue… 

–    Certainement qu’il aime le goût du risque. Je ne me serai jamais aventuré à lui dire ce genre de réflexion…

–    J’aurai au moins pesé mes mots…

Isshin secoua la tête et entra dans le bar suivi par Shuusuke. L’atmosphère sombre du bar et les nombreux couples masculins dispersés autour de petites tables rondes, firent déglutir Isshin. Une main sur son avant-bras le fit sursauter. Le médecin baissa les yeux et rencontra le regard amusé de Shuusuke.

– Venez, allons au comptoir Kurosaki-san…

Le soudain malaise d’Isshin ne lui avait pas échappé. Shuusuke prit les devant et ouvrit le passage. Une fois installée, l’urgentiste se tourna vers Isshin qui posait une fesse sur le tabouret haut, dans une attitude où à la moindre alerte, il pourrait s’échapper sans que personne ne puisse l’arrêter. L’image fit sourire Amagaï qui se sentait soudain de très bonne humeur. Il avait l’impression d’être en rendez-vous. Certes, Isshin n’avait pas cette image en tête, mais pour Shuusuke cet instant était précieux.  

Le barman se pencha sous les spots qui faisaient luire le cuivre du bar.

– Cela faisait un petit moment que nous ne vous avions pas vu, Amagaï-san. Vous la même chose que d’habitude ?

–    Hai…

–    Et pour vous…

–    Un bourbon…

–    Bien…

Isshin se tourna vers Amagaï, amusé.

– Vous étiez un habitué ?

–    Je venais souvent ici… avec mon ex.

–    Ah…

Le fait que l’urgentiste mentionne qu’il ait pu avoir une vie amoureuse avant, perturba Isshin. Il se demanda brutalement à quoi pouvait ressembler celui qui avait eu une relation avec Amagaï. Leur consommation fut posée devant eux. Amagaï prit son verre et observa Isshin entre ses cils. Il lisait sur son visage comme dans un livre ouvert. Un petit sourire étira ses lèvres. La soirée s’annonçait intéressante.

Isshin sirota son verre et observa autour de lui le bar, pour reporter bien vite son attention sur Amagaï qui semblait se divertir.

– Je vois que vous trouvez mes réactions amusantes.

–    Vous êtes très intéressant Kurosaki-san. Et ne vous vexez pas… Vous n’atterrissez jamais là où vous attend.

–    Content de vous… commença Isshin bougon.

–    Non ! Ne le prenez pas mal… Je ne cherche en aucun cas à vous blesser. J’ai trop d’estime pour vous Kurosaki-san. Je… je dois dire que vous êtes le seul avec qui je peux me montrer tel que je suis…

Isshin leva un sourcil.

– Pourquoi ? Vous n’avez pas d’amis ou bien…

–    À part Ootoribashi-san, personne n’est au courant à l’hôpital que je suis gay. Mes rares amis ont préféré me tourner le dos lorsque ma relation avec mon ex s’est terminée.

En disant cela, un pli amer frisa sur le coin de sa bouche. Isshin culpabilisa en voyant le nouveau malaise chez l’urgentiste.

– J’ai l’impression que j’ai tendance à mettre les pieds dans le plat avec vous… Je suis désolé…

–    Non, vous n’y êtes pour rien. Je n’ai jamais eu beaucoup d’amis de toute façon.

–    Je n’ai que Ryuken. » Répondit sérieusement Isshin. « Nous nous côtoyons depuis le primaire… C’est comme un frère pour moi. Il est même en quelque sorte plus proche de moi que Kisuke.

—    J’ai remarqué combien Ishida-san semblait remonter contre votre frère et votre fils…

—    Oh, il se serait permis de dire quelque chose ?

—    Hai… il était furieux. J’aurais préféré ne pas être présent, murmura Amagaï. Mais, comme je devais donner de vos nouvelles à votre famille…

—    Ah, Ryuken, je lui ai pourtant dit nombre de fois de ne pas intervenir. Je crois qu’il a dû craquer.

—    Il vous aime beaucoup, sourit l’urgentiste.

—    Je donnerai ma vie pour lui, avoua songeur Isshin. Il est très important pour moi…

—    Je vois, souffla Amagaï.

La façon dont le visage d’Isshin s’animait quand il parlait d’Ishida lui faisait comprendre le fossé pour arriver à ce genre de relation avec son patron.

– Je ne sais pas… Même moi, ou lui sommes incapables de qualifier notre relation. Ce n’est pas amoureux… ce n’est pas de l’amitié…  C’est… je ne sais pas ! » Avoua vaincu Isshin.  « Et puis, je ne suis pas ici pour parler de cela… mais pour pleurer sur mon sort et vous avez accepté de me servir d’oreille !

—    Je m’en souviens, Kurosaki-san, sourit Amagaï.

—    Bref, je voulais continuer les interventions, mais Ryuken estime que je suis un danger public pour l’instant et m’a relégué à l’administration. Il croit que je serai mieux géré cet hôpital que lui…

–    Pourquoi ? Il quitte l’hôpital ?

—    Non, en fait, nous avons décidé l’année dernière de transformer cet hôpital pour en faire l’un des plus réputés de ce pays. Pour cela, nous avons décidé de bousculer les habitudes japonaises et de nous inspirer du système américain ou européen… Il ne suffira plus d’être âgé pour être responsable d’un service. Ryuken a embauché mon remplaçant qui a quarante-cinq ans et une solide expérience en Espagne… durant quelque temps, je vais le chapeauter, mais il se débrouillera seul par la suite. pen Il pensait à vous, car vous connaissez bien l’hôpital et que vous avez de très bons résultats, mais apparemment sa proposition reste lettre morte…

Amagaï fronça les sourcils et resta silencieux quelques instants. Isshin surveillait du coin de l’œil son interlocuteur. Il ne savait pas pourquoi, mais il aurait aimé en savoir plus sur les réticences de l’homme. Isshin plaisanta.

– Dommage…

—    J’aimerais reprendre ce service en fait, avoua enfin Amagaï.

—    Alors pourquoi n’acceptez-vous pas ? 

Isshin était sidéré. Amagaï rougit légèrement et pour se donner une contenance avala une gorgée de whisky.



“Je ne m’en sens pas capable… et puis, cela fait un peu plus d’un an que j’ai arrêté la chirurgie cardiaque… et…

–    Profitez de la présence de Kyouraku ! Pourquoi croyez-vous qu’Ishida vous a proposé maintenant de rejoindre le service de cardiologie.”

Amagaï détailla les traits d’Isshin. Il était évident qu’il tenait à ce qu’il rejoigne le service. Tout semblait si simple pour son patron alors que lui… n’était pas si sûr de lui. Un autre aurait sauté sur l’occasion, mais, que se passerait-il s’il n’était pas à la hauteur des espoirs de ses deux patrons ?

– Moi, je crois en vous et en vos capacités, continua Isshin gravement. Je n’ai jamais compris que vous ayez rejoint le service des urgences… Quoique ce soit aussi une bonne expérience et vous êtes intervenus au pied levé pour des opérations délicates.

—    Être un bon chirurgien ne veut pas dire, bon chef de service…

—    Vous savez mener une équipe ! Vous êtes humain, ce qui ne gâche rien.

–    Est-ce que le Kurosaki Isshin d’il y a trois mois et qui apprendrait ma sexualité au même moment aurait tenu le même langage ? demanda sombrement Amagaï.

—    Je ne mélange pas privé et travail… Et à ce que je sache, vous ne m’avez pas connu au moment où j’étais réellement homophobe. Si vous aviez dû prendre une comparaison, vous auriez dû remonter au moins neuf ans en arrière.

Shuusuke et Isshin se dévisageaient intensément à présent. L’urgentiste voulut discuter, mais une voix les interpella.

– Si dans votre couple, ça ne va plus…  Moi ch’suis un cœur à prendre…

Les deux médecins tournèrent la tête et ils virent un homme passablement éméché qui s’adressait à Amagaï.

– Je ne suis pas intéressé et…

—    Entre nous tout va pour le mieux… merci de vous inquiéter. Alors, veuillez nous laisser tranquilles.

—    Vous êtes un couple comme moi et lui ! répliqua l’homme bourré. Vous sentez l’hétéro à plein nez…, se tournant vers Shuusuke. Pourquoi tu te fais du mal à rester avec un type qui n’éprouvera jamais les sentiments que tu peux avoir ? T’es maso ?

—    Excusez-moi, mais je ne pense pas avoir besoin d’une aide quelconque maintenant, allez voir ailleurs si j’y suis !

–    Ts ! Dommage enfin, quand vous en aurez marre de vous faire du mal, vous viendrez me’voir !

L’homme partit en hoquetant. Isshin observa l’homme s’éloigner silencieusement. Amagaï se leva et se tourna pour payer sa consommation.

– Nous pouvons aller ailleurs…

—    Comme vous voulez, souffla Isshin.



Isshin paya et ils sortirent du bar.

– Voulez-vous arrêter notre discussion ? suggéra Isshin.

Il sentait comme une certaine réticence chez l’urgentiste. Amagaï le dévisagea et demanda.

– Ne vous sentez-vous pas fatiguer Kurosaki-san ? 

À sa surprise, Isshin se sentait effectivement affaibli. Shuusuke le constata et il déclara moqueur.

– Vous présumez de vos forces. Votre ami va vous en vouloir, si vous le croisez dans un couloir…

—    Je suis… En fait, j’aurais aimé prolonger la soirée, marmonna Isshin. Cela faisait un petit moment que je n’étais pas sortie de la sorte…

Amagaï réfléchit quelques secondes et proposa, ému malgré lui.

– Nous pourrions renouveler l’expérience ? Lorsque vous aurez l’autorisation de sortie…

—    Vous saviez que j’avais fait le mur ? s’étonna Isshin.

En entendant cela, Amagaï observa moqueur son patient. Isshin lui rendit son sourire. Les deux hommes rentrèrent dans une ambiance détendue. Amagaï demanda à Isshin d’ouvrir sa boîte à gant. Ce dernier l’ouvrit et des CD glissèrent. Isshin les rattrapa et observa les pochettes.

– C’est ce que je vous avais promis… Des groupes qui passent actuellement sur les ondes…

—    Vous vous en êtes souvenu ?

–    Disons que j’attendais l’occasion pour vous les prêter. J’attendais que vous alliez mieux…

–    Merci…

Isshin fit glisser les quatre CD entre ses doigts. Il s’agissait de groupes américains, dont il n’avait jamais entendu parler. Amagaï enclencha son lecteur de CD.

– Pour vous donner une idée du type de musique que vous entendrez…

La chanson Burn it to the ground résonna dans l’habitacle.

– Ce n’est pas tout récent, ce morceau… mais, plus qu’Elvis… 

Les deux hommes échangèrent un regard et un sourire complices et Isshin se surprit à suivre le rythme avec le pied.

– Vous semblez, être déjà en meilleure forme que ses dernières semaines, Kurosaki-san… 

—    C’est vrai, je me sens un peu mieux. Mais, je ne sais pas si c’est parce que la pression a été relâchée brutalement, je me sens vidé. Je ne pense qu’à dormir… Cela ne m’était jamais arrivé avant. Et ce qui est très agréable pour moi, c’est de ne plus avoir ses incessants coups de fil.

—    J’ai cru comprendre que votre famille était envahissante.

—    Je plains Ichigo, mais d’après Kisuke, il s’en tire mieux que moi…

—    Sans vouloir me mêler de ce qui ne me regarde pas… Vous aviez quel âge lorsque vous avez repris la tête du clan ?



Isshin réfléchit et se gratta le menton, le regard lointain.

– Hum… en fait, mon père m’a mêlé très jeune aux problèmes du clan. Je devais avoir vingt ans quand j’ai commencé à gérer en partie les affaires de mon père et, j’ai repris le clan vers vingt-cinq, vingt-six ans, mon père est mort lorsque j’avais trente ans…

—    Votre fils à quel âge ?

–    Ichigo ? Euh… il devrait avoir trente-neuf ans dans six mois environ.

—    On ne gère pas un clan de la même manière à vingt-cinq ans qu’à presque quarante et puis… Votre fils semblait plutôt remonter contre votre clan. Enfin… j’ai vu combien, il paraissait affecté lors de l’intervention d’Ishida-san…

—    Oui, Kisuke m’en a parlé. Ichigo refuse de me parler des affaires du clan. Je ne l’ai jamais vu aussi… fermé.

—    Je pense qu’il essaye de vous éviter de vous inquiéter.

—    Je voudrais l’aider…

—    Je ne pense pas qu’il en ait besoin et… je pense qu’une autre manière de mener vos affaires de familles va pousser les membres de votre clan à se tenir tranquille.

—    C’est ce que me disait Kisuke, murmura Isshin.

Amagaï sourit et déclara doucement.

– Vous avez beaucoup de mal à décrocher…

–    Cela faisait trente-cinq ans que, j’étais seul.

—    Il va vous falloir apprendre à compter sur les autres à présent.

Isshin coula son regard vers Amagaï. L’homme avait tourné son buste vers son côté de route pour observer la circulation et s’engager sur le nouvel embranchement qui les conduisait devant les portes de l’hôpital. Pour la première fois, Isshin se détendit et se laissa aller contre son siège. Oui, il allait devoir apprendre à compter sur les autres… et ce n’était peut-être pas plus mal.

Arrivé devant les portes de l’hôpital, Amagaï laissa tourner le moteur et attendit que le chirurgien descende. Leurs regards se rencontrèrent durant une fraction de seconde. Isshin ouvrit la porte et en levant la tête vit Ryuken qui l’attendait sur le seuil du bâtiment. Il déglutit en rencontrant son regard de sphinx. Il allait passer un sale quart d’heure. Isshin sortit, mais avant de claquer la portière, il se pencha et déclara.

– N’oubliez pas votre promesse… Voyant l’incompréhension sur les traits d’Amagaï. De nous refaire une sortie comme celle-ci… À moins que cela ne vous déplaise…

—    Non, j’en serais heureux, Kurosaki-san.

—    Très bien. J’attends cela avec impatience.

Et sans ajouter une parole, la porte se ferma. Amagaï ne s’attarda pas, et démarra. Shuusuke se demanda pendant un petit moment, si Kurosaki se rendait compte de la portée de ses paroles ? Du double sens que lui pouvait leur accorder ? Il s’empêcha d’avoir le moindre espoir, mais, en même temps, il sentait comme un fil ténu entre eux qui lui faisait battre le cœur un peu plus vite…  Amagaï était curieux de voir si Kurosaki tiendrait sa promesse…

Isshin remonta jusqu’à Ryuken qui terminait sa cigarette. Ce dernier interrogea froidement son ami.

– Tu t’es bien amusé ?

—    J’ai fait ce que tu m’as demandé de faire. Ne râle pas !

—    Tu avais besoin de faire le mur et de me laisser m’inquiéter ?

Isshin ouvrit de grands yeux et porta une main sur son cœur.

– Je t’ai laissé un mot sur ma table de chevet ! » Protesta-t-il vigoureusement.

Ishida sortit de sa poche de veste, un papier plier en quatre et le lu à voix haute.

– Je suis partie faire un tour… Ne t’inquiète pas ! Comment veux-tu que je ne m’inquiète pas ? Imbécile !

–    Je t’interdis de m’insulter ! grogna Isshin.

–    Je t’interdis de me créer du souci ! Rétorqua sombrement Ryuken.,

–    Ts ! Tu aimes ça, prendre soin de moi… pervers !

–    La ferme ! Qu’est-ce que tu tiens dans ta main ?

–    Des CD…

–    Fais voir…

Les deux hommes se dirigèrent vers le hall de l’hôpital. Ishida fit glisser les CD et lut le nom des groupes à voix haute.

 Izia-, The Shaking Heads, The Finkielkrauts, Gush, pas mal… Personnellement, en ce moment j’écoute The dead Weather…

–    T’écoutes aussi ce genre de musique ?

–    J’ai toujours écouté du rock.

–    Oui, mais je ne te savais pas si à la page…

–    Ne me prends pas pour toi. C’est lui qui te les a prêtés ? Ddemanda Ryuuken en observant son ami du coin de l’œil.

–    Hai. Je l’aime bien ce type.

–    J’ai cru remarquer. Maintenant, tu vas être sage et ne plus bouger de ta chambre avant quelques jours encore. Tu es… épuisé…



Ryuken posa une main sur le front d’Isshin alors, qu’ils venaient d’entrer dans la chambre de ce dernier. Son front brûlait.

– Si tu sors demain, je viens te chercher pour te clouer au lit ! Et si ça ne suffit pas, je prendrai Yadomaru-san avec moi.

Isshin blêmit et Ryuken montra la salle de bain à son ami qui eut les épaules qui s’affaissèrent. Ishida grommela contre son ami et sa façon de ne pas s’occuper sérieusement de lui.

– Tu ne me passeras rien…

–    Tu me prends pour qui ? rétorqua sèchement Ryuken.

Sans un mot, Isshin se changea et gagna son lit sous le regard froid d’Ishida qui le borda. Isshin déclara en maugréant.

– Tu n’es pas obligé d’aller jusque-là…

–    Pour une fois que tu autorises les gens à t’approcher… je ne vais pas me gêner et puis il n’y a pas de raison qu’Amagaï obtienne ce que moi, je n’arrive qu’à avoir qu’au bout de cinquante ans !

–    Qu’est-ce que tu racontes encore ? souffla Isshin.

Ryuken sortit de la chambre et ferma toutes les lumières, ne restait plus qu’une petite veilleuse qui éclairait la tête de lit. Le regard indéchiffrable de Ryuken resta un long moment figé sur le seuil de la porte, à observer le chirurgien qui s’endormait épuisé par sa sortie. Son visage ne reflétait aucune émotion particulière.

L’homme se décida à quitter la chambre et se dirigea d’un pas las vers l’ascenseur et se décida à rentrer chez lui. Il se grillerait bien une petite dernière et se prendrait certainement aussi un verre de saké avant d’aller se coucher. Peut-être irait-il se chercher un livre avant de dormir ? Ou bien s’écouterait-il un petit morceau de rock ? Un sourire lent se forma sur ses lèvres… La vie prenait décidément des tournants très inattendus…

Chapitre suivant ⇒

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *